Revue Historique des Armées Titre

Le 13 mai 1940 au soir, la ligne de défense définie par les Franco-Britanniques dans le cadre du plan Dyle est intacte, à l’exception de l’infiltration au-delà de la Meuse de quelques sections de fantassins allemands à Dinant, Monthermé et Sedan. Le surlendemain Paul Reynaud réveille Winston Churchill et lui crie: «  Nous avons perdu la bataille  ». C’est donc dans la journée du 14 mai qu’est asséné à l’armée française ce «  coup de poing du gauche  » qui, contre toute attente et en un temps record, va entraîner sa défaite. Ce jour-là un millier de chars allemands franchissant la Meuse à Sedan sur un pont de bateaux enfonce la 2e armée française du général Huntziger et arrive sur les arrières de la 9e armée du général Corap qui va s’effondrer brutalement.

Ce pont sur la Meuse a été mis en place à Gaulier (faubourg de Sedan) à la hauteur de la manufacture dite de l’Espérance dans la nuit du 13 au 14. Il est constitué d’une série de caissons métalliques sur lesquels un chemin de roulement permet le passage à vitesse réduite d’un char à la fois. Les blindés des Ie, IIe et Xe Panzers, commandés par le général Guderian, vont dès l’aube du 14 y passer. La présence près de ce pont du général von Rundstedt, commandant le groupe A des armées allemandes, montre le rôle essentiel de cette opération dans le plan d’attaque allemand. Qu’une contre-attaque du général Huntziger qui tient le secteur arrête le passage par ce goulot d’étranglement ou que des bombardiers détruisent ce pont, et c’est tout l’avantage de la surprise qui est perdu; c’est pour les Français du temps pour amener des renforts et «  colmater  » la brèche, c’est peut-être, et Hitler dans son PC de Munstereifel (symétrique de Paris par rapport à Sedan) le craint, un renversement comme celui de la Marne qui transforma une guerre de mouvement, prévue pour durer quelques semaines, en une guerre de positions qui dura quatre ans et fut économiquement perdue par l’Allemagne.

Le récit des contre-attaques manquées du général Huntziger a été souvent fait. On a peu précisément traité de l’activité de l’aviation de bombardement française ce jour-là à Sedan et cette étude, outre qu’elle évoque les circonstances de la mort du commandant Dieudonné de Laubier à l’intention de son épouse, de ses sept enfants et de ses trente-trois petits-enfants, voudrait être une contribution à ce sujet.

Amiot 143 en vol de peloton

Amiot 143 en vol de peloton (cliché SHAA)

État de l’aviation de bombardement française le 14 mai 1940

Il existe en mai 1940 trente-trois groupes de bombardement (GB) dotés, en théorie, de treize avions chacun. Les deux tiers de ces unités terminent leur transformation sur avions modernes (LeO 45, Amiot 354, Breguet 693, Glenn-Martin, Douglas) et, précipitant leurs mouvements à partir du 10 mai, vont presque toutes accomplir une première mission de guerre entre le 17 et la fin mai. Mais à l’aube du 14 mai, treize groupes seulement sont considérés opérationnels par le général Vuillemin, commandant en chef des forces aériennes :

Treize groupes de treize appareils font théoriquement 169 bombardiers, mais l’analyse des journaux de marche de ces unités, permet de préciser qu’il y a, le 14 mai, 65 avions disponibles : 27 modernes (jour et nuit) et 38 anciens (nuit) [1].

Voici comment s’explique la faiblesse de ces effectifs :

Groupes de bombardement

Toute l’aviation de bombardement envoyée à Sedan

Le général Billotte, qui commande le front allié depuis l’extrémité ouest de la ligne Maginot jusqu’à la mer, comprend qu’à l’abri de la petite poche qu’ils ont conquise le 13 au soir à Sedan les Allemands vont faire passer la Meuse à la grande quantité de blindés dont on lui signale l’avance jour et nuit à travers les Ardennes. Il vient d’apprendre que la 55e division d’infanterie et l’artillerie du 10e corps qui tenaient le secteur, traumatisées par cinq heures d’un bombardement terrifiant, ont abandonné leurs positions dans la soirée du 13.

Il appelle le 13, à 22 heures, le général d’Astier, commandant la ZOAN (zone d’opérations aériennes nord) et lui demande d’ordonner une attaque massive du pont de bateaux à Sedan; «  la victoire ou la défaite, ajoute-t-il, passe par ce pont  »[2]. Le général Vuillemin, commandant en chef des forces aériennes prescrit alors d’employer même les vieux et lents Amiot 143, et d’Astier donne l’ordre d’attaquer ce pont à l’ensemble des forces françaises de bombardement disponibles.

Aucune autre mission ne sera ordonnée ce jour-là. Après avoir rapidement examiné l’activité des Breguet d’assaut des GB I/54 et II/54 au petit matin d’une part et celle des Farman des GB I/15 et II/15 à la nuit tombée d’autre part, nous nous étendrons sur la mission principale, en milieu de journée, des LeO 45 et des Amiot 143 des 12e, 34e et 38e escadres.

Voici un extrait du journal de marche du II/54 à la date du 14 mai.

«  A trois heures du matin (on réveille) les officiers et sous-officiers pour leur dire de se tenir prêts à prendre le car à 4 h 30 en vue d’une mission, Il s’agirait d’attaquer les ponts sur la Meuse entre Douzy et Vrigne-sur-Meuse, c’est-à-dire en aval et en amont de Sedan. On demande 6 puis 9 avions (...). Mais on reçoit l’ordre de bombarder le quadrilatère Bazeilles, Sedan, voie ferrée au sud de la Meuse.  »

Neuf Breguet sur les quatorze disponibles, commandant Orenet en tête, partent de Montdidier à 9 h 30 et s’entourent de la protection de 30 chasseurs au-dessus de la Fère-Courbe.

«  La mission est réussie, ajoute le journal de marche, les bombes tombent sur Bazeille à l’entrée sud-est de Sedan. Durée de la mission : 2 h 05, altitude 900 mètres. Mission réussie malgré une forte DCA. Au retour, le général Girier (...) nous demande une mission pour 15 heures puis 16 heures. Au moment de décoller, alors que les moteurs tournent, la mission est décommandée. II s’agissait d’une nouvelle attaque de Sedan que l’indisponibilité de la chasse a, semble-t-il, fait annuler.  »

A la tombée de la nuit, une première mission de guerre est effectuée par les unités du groupement 15. Au GB I/15, l’ordre de mission, signé du commandant Querat, envoie 4 Farman sur les 7 disponibles avec mission de bombarder les sorties ouest de Sedan. Les départs s’échelonnent entre 20 h 37 et 21 h 20. Chaque avion est chargé de 2000 à 2500 kg de bombes qu’il lâchera entre 1400 et 2100 mètres d’altitude. Le temps est clair, les méandres de la Meuse brillent dans la nuit. Mais la fumée des incendies à Sedan et dans les villages d’alentour gêne la visibilité. Le retour se fait sans difficulté entre 22 h 23 et 1 h 15.

Au II/15, qui dispose de 9 avions, le commandant Guiteny part sur l’avion n° 30 suivi d’un chef d’escadrille sur le n° 21. Ils bombardent «  les ponts sur la Meuse et les sorties sud de cette ville  ». La mission a lieu de 21 heures à 2 heures. Le commandant Guiteny effectue deux passages sur l’objectif. La visibilité est réduite par la fumée des incendies. Le retour se fait normalement et sans perte.

L’ordre de mission des 12e, 34e et 38e escadres

A 2 heures du matin, le général Escudier, commandant la 1e division aérienne, convoque à Laon les colonels Lefort (groupement 6 ou 12e escadre), François (groupement 9 ou 34e escadre) et le lieutenant-colonel Aribaud (groupement 10 ou 38e escadre). Voici comment ce dernier raconte cette réunion dans l’historique de la 38e[3] qu’il rédigea vers 1941 :

«  Le 14 à 2 heures du matin (je) reçois l’ordre de (me) rendre en auto sans délai au PC de la division à Laon.Il faut auparavant orienter tous les moyens disponibles pour effectuer de jour à partir de 6 heures une attaque sur les ponts de la Meuse de part et d’autre de Sedan. Une importante formation de chasse protègera cette intervention (...).

«  Le général Escudier nous reçoit sans délai dans son bureau et nous met au courant de la situation. Assistent à cette réunion : le colonel Lefort commandant le groupement 6 (LeO 45), le colonel François commandant le groupement 9 (Amiot 143), le lieutenant-colonel Aribaud commandant le groupement 10 (Amiot 143), le capitaine de Charette chef du 3e bureau et le lieutenant Masson chef du 2e bureau. La situation est dramatique à Sedan. L’ennemi a créé une tête de pont sur la rive sud de la Meuse. Il s’agit de détruire à la bombe de 50 à 100 kg les ponts du temps de paix (*) et les nouveaux ponts établis par l’ennemi de part et d’autre de Sedan entre Vrigne-sur-Meuse el Bazeilles. Ces noms nous remettent à l’esprit la triste capitulation du 2 septembre 1870.

Les ponts de la Meuse

«  Prendront part à l’expédition d’appui immédiat : 6 LeO 45 du groupement 6, 6 Amiot 143 du groupement 9 et 12 Amiot 143 du groupement 10. Trente à quarante chasseurs, basés sur le terrain de la Fère-Courbe, précéderont les bombardiers sur les objectifs et assureront la protection.

«  Cette opération va renouveler dans les airs l’ultime charge de la division Margueritte le 1° septembre 1870(**). Le général Ph. Escudier affirme qu’il n’a pu obtenir du Grand Quartier général Air que les lents et vieux Amiot 143 ne participent pas à cette mission de sacrifice. Le commandement utilise ce qu’il a sous la main. La colonne des bombardiers sera donc constituée par des avions d’un pied différent (LeO 45 et Amiot 143).

«  Durée de l’intervention sur les lignes ennemies : cinq minutes maximum (...). L’heure du bombardement sera fixée par radio. En principe ce sera 12 heures.  »

Considérons maintenant l’ordre de mission (infra) signé le 14 mai à 3 heures du matin par le général Escudier. Il est bien informé au sujet des têtes de pont allemandes :

Il existe aussi un troisième point de franchissement de la Meuse : à Monthermé, entre Sedan et Dinant, où les fantassins allemands ont traversé le 13, à l4 h 30. Mais ils ont été contenus par les mitrailleurs coloniaux de la 102e division de forteresse et il n’est pas question à cet endroit de faire passer les chars de la VIIIe Panzer. Du moins pour le moment.

Celui qui était, en 1940, capitaine de Charette[4], se souvient que l’ordre d’effectuer cette mission a été téléphoné par le général Vuillemin lui-même, que le général Escudier avait tenté en vain d’obtenir que les Amiot 143 ne soient pas envoyés de jour et que l’une des consignes était :

«  Si vous manquez le rendez-vous avec la chasse, faites demi-tour.  »

Il reste donc à préciser après cette réunion de Laon : le point précis de l’attaque, l’heure et le lieu du rendez-vous avec la chasse. C’est ce que vont faire deux messages de Sabine (général Escudier) à Songe (colonel Lefort), Tripoli (colonel François) et Trinité (lieutenant-colonel Aribaud) :

Ainsi, contrairement à ce qui est dit dans tous les récits de cette journée, l’aviation française ne va pas recevoir l’ordre de bombarder les ponts de Sedan mais une zone de 20 km2 à l’est de cette ville où se tient la Xe Panzer attendant son tour de passer la Meuse. Pendant toute cette journée le pont de Gaulier ne sera ni visé ni touché et les chars de Guderian y défileront à la queue leu leu sans interruption. Et pourtant le major Knopf qui commande le régiment des pontonniers a tout juste disposé du nombre d’éléments nécessaires pour franchir les 70 m de la Meuse; les traversées de la Sure et de la Sémois ont consommé trop de matériel et il ne serait pas possible de pallier rapidement un quelconque incident ; qu’une bombe emdommage le pont, et c’est l’ensemble du corps de Guderian qui est stoppé[5].

ZOAN, 1e Div. Aér., État-Major, 3e bureau, n° 2066/3S.
14 mai 1940 - 3 heures.

ORDRE PARTICULIER N° 14

I - L’ennemi a franchi la Meuse en 2 points et créé des têtes de pont :

  • au Nord de DINANT entre cette ville et GODINNE.
  • vers SEDAN entre VRIGNY-sur-MEUSE et DOUZY.

II - Dans cette situation de crise tous les moyens sans exception doivent être en mesure d’intervenir vers 10 heures.

1° Les groupements 6, 9, 10 ont pour mission d’attaquer avec tous leurs moyens disponibles les ponts de bateaux établis par l’ennemi sur la Meuse.

2° L’attaque sera effectuée sous la protection de la chasse, condition absolue du succès de l’opération.

Chaque groupement constituera un peloton. Il importe que les trois pelotons se présentent avec la chasse sur l’objectif en même temps.

3° Dans ce but les trois pelotons se présenteront à l’heure fixée sur le terrain désigné de la chasse chargée d’assurer la protection. Ils décriront de larges cercles pour attendre le décollage de la protection. A ce moment les avions les moins rapides se dirigeront sur l’objectif dans l’ordre suivant : Groupement 9, Groupement 10. Le Groupement 6 et la protection de chasse au régime moyen effectueront de larges évolutions sur la route des AMIOT 143 jusqu’à 15 km de l’objectif. A ce moment la chasse se portera sur l’objectif pour assurer la protection.

4° L’objectif sera attaqué à 900 m d’altitude dans l’ordre suivant : Groupements 6, 9 et 10. La chasse couvrira le repli des pelotons qui se fera à l’altitude la plus faible permise par le matériel.

5° Le dispositif d’attaque sera réglé par les chefs de groupements. L’attaque sera conduite avec décision et rapidité pour bénéficier de la surprise et éviter au maximum la réaction de la chasse adverse.

Le Général Ph. ESCUDIER, Commandant la 1e Division Aérienne

Pourtant dès l’annonce de la percée du front à Sedan le 13 au soir, le haut commandement donna mission à l’ensemble du bombardement français de se substituer à l’artillerie (qui a disparu du bois de la Marfée) pour empêcher les chars allemands de traverser la Meuse de Sedan. Mais le 14 au matin, le colonel Lacaille, chef d’état-major de la 2e armée française, qui tient le secteur, téléphone au Grand Quartier Général[1] pour annoncer que les ponts sont détruits, que ses troupes tiennent Pont-Maugis et qu’une contre-attaque est en cours. Or la 2e armée est bien placée pour voir ce qui se passe à Sedan (sa 71e division d’infanterie est encore à Pont-Maugis). Comment peut-elle annoncer que le pont de Gaulier est détruit et demander à l’aviation de modifier l’objectif initial ? Il y a là un mystère à élucider.

On peut aussi se demander pourquoi le général Escudier n’a pas modifié, en même temps que l’objectif, les conditions de réalisation de la mission et notamment l’altitude et l’heure; l’altitude, car s’il s’agit de bombarder des véhicules et des troupes sur une large surface, on peut sans doute le faire à une altitude moins dangereuse ; l’heure, car, si les ponts sont détruits, ne peut-on procéder à des reconnaissances précises des lieux où l’ennemi va rétablir ses passages et attendre la nuit, claire en ce mois de mai, pour envoyer les 34e et 38e escadres ? On pourrait par exemple utiliser la technique des avions éclaireurs lançant des bombes éclairantes sur l’objectif que les équipages de ces deux escadres de nuit ont travaillé pendant tout le printemps 1940 sous la direction du lieutenant-colonel Dagnaux.

Si tous les commandants d’unités pouvaient comprendre qu’on mobilise, même dangereusement, toute l’aviation de bombardement pour détruire un pont par lequel se ruait l’ennemi, qu’ont-ils pensé lorsque, au dernier moment, on leur a remis les messages qui changeaient la nature de l’objectif ? Quarante ans après, le colonel Véron constatait dans les archives qu’il s’agissait bien d’un ordre du haut commandement. Sur le moment, ayant reçu le contrordre par pli porté alors qu’il était déjà au pied de son avion, il s’était demandé s’il ne s’agissait pas là d’une erreur ou d’une fausse interprétation des ordres. Mais, l’heure du rendez-vous à La Fère étant impérative, il n’avait pas eu le temps de demander confirmation et avait décollé avec sa formation décidé à exécuter le nouvel ordre malgré le doute qui l’assaillait[6].

Dans ces conditions, on ne doit pas être étonné de l’indiscipline qui va régner dans certaines unités lors de l’accomplissement de cette mission.

Les LeO 45 de la 12e escadre

Nous avons vu que le général Escudier a ordonné que «  les trois pelotons des groupements se présentent avec la chasse sur l’objectif en même temps  » et que le rendez-vous des différentes unités doit avoir lieu au-dessus du terrain de la Fère-Courbe. En fait les LeO 45 de la 12e escadre (I et II/12) vont effectuer la mission de leur côté sans tenir compte des autres et sans protection de la chasse.

Au GB 11/12, le capitaine Ruth, basé à Persan-Beaumont, désigne 5 équipages sur les 10 disponibles et en confie la direction au capitaine Rocher. Les LeO 45 décollent entre 11 h 30 et 11 h 45 et se dirigent vers Soissons pour se grouper avec le I/2. Pour différentes raisons (téléphone en panne, trains d’atterrissage qui ne rentrent pas, etc...) trois des cinq équipages reviennent au terrain sans accomplir la mission.

Au GB I/12, le commandant Malardel part, à 11 h 45, à la tête des trois avions qui lui restent et, entraînant les deux appareils restant du II/12, se dirige directement sur Sedan sans passer par le rendez-vous de la Fère-Courbe et par conséquent sans se joindre aux Amiot ni à la chasse protectrice ; il lui paraissait, dira-t-il plus tard, par trop absurde de faire voler de concert des LeO 45 (450 km/h) et des Amiot (180 km/h)[7]. Notons que la 12e escadre vient de perdre la moitié de ses effectifs en trois jours (notamment sur Maëstricht) et que la tension y est grande.

Vers 12 h 30, à une dizaine de kilomètres avant d’atteindre Sedan, le LeO 45 n° 48 du I/12, attaqué par un Messerschmitt, prend feu. Le chef d’avion, sous-Iieutenant Hugot, donne l’ordre d’abandonner l’appareil. L’adjudant Jacquemin et le sergent Lebeaupin sautent en parachute et sont faits prisonniers près de Chemery (8 km avant Sedan) par une escouade de la Ie Panzer déjà arrivée là. Mais le feu s’est propagé dans la soute à bombes du LeO 45 et l’avion explose en vol. Le sous-lieutenant Hugot et l’adjudant-chef Leroy sont tués.

Les quatre autres appareils, attaqués par la chasse ennemie, lâchent leurs bombes «  sur Bazeilles et sur des carrefours au sud-est de Sedan  » puis regagnent leurs bases.

Les Amiot 143 de la 38e escadre

La 38° Escadre

Le lieutenant-colonel Aribaud raconte dans l’historique de la 38e escadre[3] comment, ayant pris la tête des 6 Amiot 143 disponibles au I/38 à Troyes, il manqua le rendez-vous de la Fère-Courbe et n’alla pas sur Sedan :

«  Le commandant du groupement prend la tête du I/38. L’ensemble décolle avec dix minutes d’avance sur l’horaire prévu afin de ne pas manquer le rendez-vous avec la chasse et les autres groupements de bombardement. Sur le terrain tout le personnel assiste au départ. Les cœurs se serrent. Combien reviendront-ils ? Après un tour de piste pour bien grouper les deux sections, l’avion guide prend la direction du nord. Comme la marge pour arriver à l’heure à la verticale du terrain de la Fère-Courbe a été très largement calculée, le commandant du groupement se laisse volontairement déporter vers le nord-ouest puis s’en remet à l’officier navigateur pour maintenir la direction générale adoptée. Un tourbillon de pensées occupe son cerveau : comment et où se verront les ponts que l’ennemi a lancés sur la Meuse ? De celle-ci le cours sinueux et parfois encaissé, ainsi que doublé d’un canal latéral, ne lui est guère connu que par la carte au 1/200 000. Comment les ponts sont-ils défendus ? Y a-t-il déjà des engins mécaniques ennemis au sud du fleuve ? La couverture de chasse sera-t-elle suffisante et en place ? La manœuvre prescrite, sitôt la relaxation des bombes, sera-t-elle efficace pour échapper à la chasse ennemie ? Autant d’interrogations muettes qui détournent son attention de la trop grande amplitude de l’oblique choisie par rapport à la route à suivre. Tout à-coup, il aperçoit l’Oise dans le lointain et ordonne un changement de direction vers l’est pour gagner la Fère. La manœuvre est tardive et le rendez-vous sera manqué de quelques minutes par les deux sections. Comme les ordres sont formels, il faut se résoudre à rentrer au terrain après s’être délesté des bombes, dont la sécurité a été larguée, dans le camp de Mailly. Quelle confusion pour le chef et les équipages !  »

Celui qui était, en 1940, le lieutenant Puster du I/38 est devenu l’écrivain Casamayor. Il a publié en 1968 aux éditions du Seuil un roman, Désobéissance, qui a pour sujet cette mission manquée du I/38. Dans ce récit le «  colonel  », c’est-à-dire Aribaud, prend sur lui de manquer exprès le rendez-vous de la Fère parce qu’il trouve absurde l’ordre qui envoie ses équipages accomplir cette «  mission de sacrifice  ». L’écrivain décrit ainsi la scène qui se déroule au retour entre ce commandant d’escadre et ses subordonnés:

«  Le colonel avance comme une avalanche au ralenti et le cercle des spectateurs trouve enfin son centre. A la tête de ses équipages, le chef était inattaquable, comme l’acier trempé d’un outil. Mais maintenant, toute retraite coupée, il est à la merci de ceux qui l’entourent. Que l’un d’eux ouvre la bouche, crie son indignation et son mépris, et ce qui a été perdu sera regagné. Il est des instants où la réussite comme l’échec paraît aussi fragile qu’une bulle de savon. Au moindre contact, à la moindre observation, elle éclate. Personne ne dit rien. Au cœur de cet ouragan qui vient de tout emporter, ne vient-il pas de réussir un exploit singulier, d’arracher une victoire dont il a pris pour lui seul tous les risques ? Entre l’ingénu qui refuse de porter les armes, le lâche qui les dépose devant l’ennemi et l’aventurier qui les détourne quand elles sont devenues absurdes, que de différences ! Cependant le mot est le même : le colonel a trahi. Au mot de trahison correspond l’image même du poteau d’exécution, auquel pend par des liens distendus un corps surmonté d’une pancarte : Traître. (...) Derrière l’accablement de la fatigue accumulée, la tension nerveuse enfin tombée, le soulagement apparaît. Au cœur de ces hommes audacieux, le respect du devoir s’inspire moins du patriotisme que de l’habitude. Mais le colonel ne leur en veut pas. Il ignore la fierté. Familier de tous les dangers, il sait que ce matin il n’en avait, lui, couru aucun, que le désordre, la liquéfaction des consciences et des forces militaires empêchent qui que ce soit de lui demander des comptes. Il a tiré d’un guet-apens ces hommes dont quelques-uns le haïssent, qui l’oublieront presque tous, n’ayant pu le connaître faute de se connaître eux-mêmes, et qui, pour l’heure, pèsent d’une jambe sur l’autre en se dandinant et reprennent leurs esprits. Ils auront à faire leurs preuves un jour, chacun pour son compte. Lui s’est borné à ménager l’avenir, à laisser venir l’occasion.  »

Le général Brohon[8], à l’époque capitaine au I/38, n’est pas d’accord avec cette interprétation des faits : le lieutenant-colonel Aribaud a réellement manqué sans le vouloir le rendez-vous avec la chasse et, conformément aux ordres reçus, n’a pas voulu aller sur Sedan sans protection. Autre témoin, le lieutenant Kastler[9] qui fut comme Brohon et Fuster de cette mission manquée, pense que seul le navigateur d’Aribaud pourrait encore dire ce qui s’est vraiment passé. Mais il lui paraît vraisemblable que le chef de la 38e escadre a agi en vue d’épargner à ses équipages une mission de sacrifice qui lui apparaissait d’autant plus inutile qu’il ne s’agissait plus de détruire les ponts.

Pendant ce temps, les 6 Amiot du II/38 conduits par le capitaine Destannes ont quitté Chaumont et se sont joints, nous allons le voir à la 34e escadre, au-dessus du terrain de La Fère. Dans l’historique de la 38e, le lieutenant-colonel Aribaud cite une lettre que lui a envoyé le capitaine Destannes le 15 mai :

«  Hier, je m’excuse de ne pas vous avoir attendu à La Fère ; j’ai suivi la 34 qui a quitté La Fère à midi vingt-deux minutes. Je ne regrette pas d’avoir fait cette mission (puisque j’ai eu la chance de ramener tout mon monde) parce que j’ai pu me rendre compte du danger de ce genre de mission où l’on expose un grand nombre d’équipages pour un résultat médiocre et nul. De nuit nous aurions fait beaucoup mieux le même travail avec des risques infiniment moins grands. J’ai l’impression que ces attaques de jour ne sont pas payantes lorsqu’elles sontfaites avec du matériel comme le nôtre. Dès l’arrivée sur l’objectif nous avons été pris à partie par une DCA extrêmement dense : canons et mitrailleuses, et quelques secondes après, la chasse. Sur quatre avions qu’avait la 34, l’un a été descendu en flammes dès l’arrivée sur les lieux ; ensuite un autre, que je crois appartenir à la 34, a été descendu par la chasse juste derrière moi, en territoire occupé, je crois, par les nôtres ; j’ai vu trois parachutes descendre avant que l’avion ne s’écrase. En somme sur quatre avions qu’avait la 34, j’ai l’impression qu’elle en a perdu au moins deux. Pour nous, nos avions ont été touchés et par une chance inouïe ni les équipages ni les organes essentiels des avions n’ont été atteints (...). J’ai ramené mon groupe à 10 m d’altitude par un piqué aussi rapide que possible dès que le bombardement a été exécuté (900 m) et je crois que c’est à cette manœuvre que je dois en partie d’avoir évité les Messerschmitt.  »

En citant le capitaine Destannes à l’ordre de l’armée aérienne le 17 mai (au lendemain de sa mort survenue au décollage par suite d’une panne de moteur) le lieutenant-colonel Aribaud dira :

«  Le 14 mai 1940, a dirigé une expédition de bombardement de jour et, grâce à une manœuvre audacieuse, a pu ramener à leur base ses 6 équipages indemnes.  »

Cette «  manœuvre audacieuse  » est signalée dans le compte rendu du capitaine Véron, que nous lirons plus loin : elle est ressentie comme un abandon inopiné de la formation de combat.

«  Lorsque par la suite, conclut Aribaud, le commandant du groupement viendra à Chaumont-Sémoutiers, il entendra les équipages qualifier le ciel de Sedan par ces simples mots : c’était infernal. Il entend aussi souvent dire : On est verni à la 38 !  »

C’est un fait qu’en 1940, les GB I/38 et II/38 que commande Aribaud n’auront quasiment aucun tué au combat alors que les 31 autres groupes de bombardement en compteront 196. Quant à la «  désobéissance  », si elle existe, elle sera ignorée : le 31 mai 1940, Aribaud sera cité à l’ordre de l’armée aérienne ( «  toujours à la tête de ses équipages lorsqu’il s’agit d’exécuter des missions délicates  », précise la citation, certainement sans ironie), et il sera fait commandeur de la Légion d’honneur le 5 juin.

Les Amiot 143 de la 34e escadre

Voici le récit qu’a fait de la mission des GB I/34 et II/34 celui qui était à l’époque le capitaine Véron, commandant le 1/34[10] :

«  La matinée du 14 mai s’annonce identique aux précédentes. Les équipages qui ont participé aux missions de la dernière nuit se reposent dans les cantonnements tandis que les autres, présents au terrain, se préparent à celles de la nuit prochaine. C’est déjà devenu presque de la routine. Huit heures : je suis appelé au téléphone par le colonel François, commandant l’escadre. Et voici, rapporté aussi fidèlement que me le permet ma mémoire, le dialogue qui s’engage entre nous :

- Véron, je dois vous annoncer une grave nouvelle. Les Allemands ont franchi la Meuse à Sedan. Il faut à tout prix couper les ponts. Pour ce faire le commandement a décidé d’engager toutes les unités de bombardement disponibles et le plus tôt possible.

- Il s’agit, si je comprends bien, d’une mission de jour. Est-il vraiment question d’engager les Amiot ? Auquel cas ce serait une mission suicide.

- Croyez bien que je considère la chose comme une folie et je l’ai dit à la division. Mais l’ordre est formel. D’ailleurs les Amiot du groupement 10 (I et II/38) se joindront aux nôtres. Au surplus vous aurez la protection de la chasse.

- Mon colonel, vous le savez, nos équipages sont braves, mais ils n’ont pas vocation au suicide ni à la palme du martyre. Est-ce sans appel ?

- Oui. Vous recevrez plus tard les ordres de détail.

- Dans ce cas, vous pouvez compter que chacun fera son devoir.

«  Avant de donner les ordres préparatoires, je me recueille un instant, car la décision prise est en effet lourde de conséquences. Mais je me dis qu’après tout il est peut-être dans l’ordre des choses qu’au début d’un conflit mal préparé les exécutants doivent immanquablement payer les fautes que d’autres, à d’autres moments, ont commises. Cela s’est déjà vu en 1870 et dans les premiers mois de 1914. Sans doute les sacrifiés de la première heure (que l’on oubliera vite car ils rappellent une époque peu glorieuse) sont-ils destinés par leur action de retardement à rendre possible à terme les succès et les faits d’armes des jours meilleurs qui seuls seront retenus par la postérité. Mais l’heure n’est pas à la philosophie. Il me faut faire le bilan de nos moyens et mettre le personnel en alerte. Je convoque le mécanicien : - Combien d’avions disponibles reste-t-il au groupe ? - Cinq. La dotation normale d’un groupe de bombardement est de treize. Mais leur nombre a déjà fondu et les blessures de la nuit ne sont pas encore pansées. Dois-je désigner cinq équipages ? Et lesquels ? Si j’en engage moins, les ordres ne seront pas strictement respectés. Si je maintiens ce nombre, connaissant par expérience la densité de la Flak à laquelle s’ajoutera sans aucun doute la chasse ennemie, c’est risquer de payer bien cher un résultat assez aléatoire et se priver ensuite de moyens pour des missions futures mieux adaptés à nos possibilités. Car il me paraît raisonnable d’évaluer à 50 % les pertes probables en hommes et en matériel pour une mission de ce genre. Alors, tout bien pesé, ma décision est prise. Je demande aux deux chefs d’escadrille, les capitaines Marie et *** de rassembler les équipages. Tous se doutent de ce qui se prépare. Sans inutile commentaire, j’expose la situation et ce qui nous est demandé. J’ajoute que le nombre d’avions disponibles est de trois et qu’il se trouve que ce sont ceux du commandant du groupe et des deux chefs d’escadrille qui en conséquence seront seuls engagés avec leurs équipages habituels (...).

«  Dix heures : la sonnerie du téléphone retentit de nouveau. Un officier de l’état-major est en ligne : «  Voici, mon capitaine, les ordres d’exécution. Vos avions décolleront à 11 h 30 précises et attendront au-dessus de votre terrain l’arrivée de ceux du groupe II/34. Vous prendrez personnellement la tête de l’expédition et vous dirigerez sur le terrain de La Fère où les Amiot 143 du groupemenl 10 (I/38 et II/38) viendront se joindre à vous. En même temps, de ce terrain, décolleront les chasseurs chargés de votre protection. Puis, à 1000 m d’altitude, vous vous dirigerez sur l’objectif : les ponts de la Meuse à Sedan (...).

«  11 h 10 : les équipages désignés sont sur le terrain, prêts pour la mise en route des moteurs. Un sous-officier de l’escadre arrive vers moi en courant, porteur d’un pli. L’objectif est modifié. On ne bombardera plus les ponts mais les routes et voies d’accès au nord de la ville car, paraît-il, une contre-attaque française en direction des ponts est en cours d’exécution et l’on risque de larguer les bombes sur nos propres troupes (...). 11 h 25 : les moteurs sont chauds et nous commençons à rouler. Un coup d’œil en arrière. J’aperçois nos mécaniciens. Mais que font-ils ? Je les vois figés au garde-à-vous et saluant. Geste insolite, mais combien réconfortant. 11 h 30 : nous décollons à trois avions chargés chacun de seize bombes de 50 kg et de deux bombes de 100 kg. L’avion du capitaine *** colle à ma droite, celui du capitaine Marie sur ma gauche. Deux avions du groupe II/34 nous rejoignent. Chefs de bord : commandant de Laubier et lieutenant Foucher. Nous mettons le cap sur le terrain de la Fère. 11 h 45 : l’avion du capitaine *** quitte la formation et rentre au terrain.  »

Le compte rendu de mission va préciser que l’avion du capitaine *** abandonne la formation par suite d’une baisse de régime. Une sévère explication eut lieu au retour entre ce chef d’escadrille et son sous-officier mécanicien qui affirmait que l’avion était mécaniquement en état d’aller à Sedan. Le capitaine Marie, qui avait diagnostiqué la peur chez son camarade, lui dit qu’il ferait mieux de se casser la jambe plutôt que de tourner le dos à l’ennemi devant les officiers et sous-officiers de son escadrille[11].Cette boutade devint réalité puisqu’on lit dans l’historique de la 34, à la date du 17 mai :

«  Le capitaine *** parti se recueillir dans un bois à 6 heures du matin, a été blessé d’un coup de revolver par un individu suspect. Il aurait la jambe cassée  ».

«  L’attitude de ce chef d’escadrille, dit aujourd’hui le colonel Véron, prouve que cet officier qui se laissait dominer par ses nerfs n’était pas qualifié moralement pour commander une unité aérienne en période de crise  »[6] .

Au II/34, il ne reste plus que quatre Amiot 143 car cinq ont été démolis sur le terrain de Metz à l’aube du 10 mai et le n° 118 du commandant de groupe vient de rentrer gravement touché par la Flak.

Dieudonné de Laubier commande le GB II/34 depuis le 3 janvier 1940. Engagé volontaire à 17 ans en septembre 1914, il sert dans l’artillerie, est 4 fois cité et termine la Grande Guerre comme sous-lieutenant. Il fait Saint-Cyr de 1921 à 1923 et choisit l’aviation. En septembre 1939, il a 42 ans. Affecté au centre d’instruction de Caen, il écrit le 6 novembre au ministre de l’Air[12] :

«  Dans l’espoir de prendre plus rapidement le commandement d’une unité combattante, j’ai l’honneur de vous demander de vouloir bien annuler mon affectation dans l’aviation de chasse du 21-10-1939 et de me maintenir dans l’aviation de bombardement, spécialité dans laquelle je suis apte. Je suis commandant d’avion de jour et de nuit et ancien stagiaire du cours de navigation de Brest. J’ai effectué 1000 heures de vol sur avion bimoteur dont 200 de nuit. J’ai commandé un groupe de bombardement bimoteur pendant 2 ans.  »

Cette demande est accompagnée de l’avis de la hiérarchie :

«  Avis très favorable. Orienté vers la chasse parce qu’il a fait de la chasse de nuit, le commandant de Laubier est nettement qualifié pour le bombardement par l’expérience acquise dans le commandement d’un groupe. Commandant actuellement un groupe de l’escadre d’instruction, il y est parfaitement à sa place jusqu’au jour où il pourra être affecté aux armées  » (lieutenant-colonel Samson, commandant l’escadre d’instruction).

«  Le commandant de Laubier est aussi bon chasseur que bombardier. Après avoir demandé instamment à servir dans la chasse, il se ravise espérant obtenir dans un délai plus court un commandement aux Armées. En fait, il redoute d’être encore maintenu trop longtemps dans un Centre d’instruction de chasse  » (général Bordes, commandant le Centre d’instruction de Caen).

«  Qualifié également pour la chasse et le bombardement. A mettre dans la spécialité qui a le plus besoin d’un officier supérieur  » (général Muiron, commandant la 3esubdivision aérienne).

La baignoire de l’Amiot 143

Il est affecté au groupe de bombardement II/34 dont les vieux Amiot 143 sont en train d’être remplacés par les modernes 354 (il les voit d’ailleurs arriver un par un dès le 10 mai). Il a sous ses ordres à la 3e escadrille le capitaine Grimal arrivé le 11 mai. Celui-ci se souvient du premier contact qu’il a eu avec son commandant de groupe. Il garde le souvenir d’un homme serein mais inquiet des faiblesses de l’armée de l’Air. Il reçoit le conseil de sortir en mission autant que possible, afin de soutenir le moral de ceux qu’il dirige et d’acquérir cette autorité basée sur l’estime qui est la seule qui tienne dans les périodes difficiles[13]. La 4e escadrille est dirigée par le capitaine Debrabant qui se souvient que, dès l’annonce de l’offensive du 10 mai, le commandant de Laubier s’était montré à tous, la musette sur l’épaule, et déclarant : «  Maintenant je fais la guerre  », ce qui rappelait à tous le fameux discours de Clemenceau en 1917 et voulait signifier qu’il n’était plus temps de ressasser ce qui n’allait pas mais de faire au mieux avec les moyens disponibles[14].

A l’aube du 14 mai, ces trois officiers reviennent de mission. Le capitaine Debrabant, dans l’avion duquel se trouve le lieutenant Gaston Pa1ewski, en a même fait deux. L’Amiot n° 118 du commandant de Laubier est endommagé :

«  La nuit du 13 au 14, écrivit en 1945 le première classe Musson à Mme de Laubier[15], fut presque dramatique car un obus de DCA avait explosé près de l’avion éclatant complètemen1l’aileron droit du gouvernail de profondeur de la queue. Il fallut toute l’habileté du commandant pour réussir à ramener l’avion au terrain. Il pilotait. Quand il descendit de l’avion, il était exténué. Il était environ cinq heures quand je le conduisis à sa chambre. Je retournai le chercher environ quatre heures après c’est-à-dire à 9 heures et le conduisis au PC. C’est à 10 heures que parvint l’ordre de bombardement de jour. Aussitôt il organisa ses équipages. Il ne devait pas partir car son avion était indisponible.  »

Le capitaine Grimal se souvient avoir rejoint, vers 11 heures, sur le terrain de Nangis, le groupe des aviateurs qui entourent le colonel François et le commandant de Laubier. Il est stupéfait d’apprendre qu’au bout de 4 jours l’ennemi a percé notre front à Sedan. Allant et venant sur l’herbe du terrain, il écoute son commandant de groupe analyser les conséquences de cette nouvelle. Et puisqu’on en est là et qu’il est prescrit d’effectuer cette mission de jour avec ces avions inadaptés, il n’est pas possible d’ordonner aux équipages d’y aller sans partir avec eux[13].

«  Le commandant, continue le soldat Musson, me confia qu’au dernier moment il s’incorporerait dans un équipage. Je pensais que, n’ignorant pas le danger que présentait cette mission, il ne voulait pas que ses équipages partent sans lui. A 11 h 25, avant de monter dans l’avion, il vient près de moi, me serre la main et me dit qu’il compte sur moi pour faire le nécessaire s’il lui arrivait quelque chose. Et il ajoute en souriant: à tout à l’heure. Il me confia alors son portefeuille.  »

Les Amiot n° 85 (lieutenant Foucher) et n° 56 (lieutenant Vauzelle) s’apprêtent à décoller, Le sergent Ankaoua, radio-mitrailleur de l’Amiot n° 56, raconte dans une lettre du 11 mai 1942 à Mme de Laubier[15] :

«  J’appartenais à l’équipage du lieutenant Vauzelle avec, comme autres compagnons, le "sergent-chef Occis et les sergents Gelly et Œillard (...). L’avion roulait au sol et allait prendre son vol. Tout à coup le commandant de Laubier se précipite, fait arrêter l’avion, donne l’ordre au sergent Œillard de descendre et prend sa place. (…) Il nous dit gaiement : Qu’est-ce qu’on va leur lâcher, hein! Et il donne l’ordre de partir, toujours le sourire aux lèvres. (...) L’équipage s’en trouve renforcé.  »

Le capitaine Rouff, sur l’Amiot n° 131, part en retard et n’ayant pu rejoindre le groupe revient au terrain. Le capitaine Grimal, sur l’Amiot n° 132, part aussi en retard, arrive à La Fère où il ne trouve personne et continue en direction de Sedan, Il aperçoit bientôt six Amiot et les suit. Mais ceux-ci quittent la direction de Sedan et lâchent leurs bombes sur le terrain de manœuvre de Mailly. Nous avons suivi tout à l’heure ces 6 Amiot du I/38 conduits par le lieutenant-colonel Aribaud, Celui qui était alors capitaine Brohon et qui faisait partie de ce groupe s’est souvenu de cet avion inconnu qui les avait suivis pendant un temps[8].

Laissons maintenant la parole aux acteurs et lisons l’extraordinaire récit, en forme de compte rendu de mission, rédigé par les capitaines Véron et Marie[1] :

Compte rendu du capitaine Véron sur l’opération de bombardement de jour
effectuée le 14 mai 1940 sur la région de Sedan

Objectif à atteindre : les agglomérations et les routes situées au nord de la Meuse dans la région de Sedan.

I. Manœuvre en territoire ami :

A 11 h 30, la section de trois avions chargés en 16 bombes de 50 kg et 2 bombes de 100 kg décolle du terrain de la Ferté-Gaucher.

A 11 h 35, à la verticale du terrain, elle est rejointe par une section de deux avions du groupe II/34.

A ce moment le cap est mis sur le terrain de la Fère-Courbe où l’expédition doit être recueillie par la chasse et rejointe par la 38e escadre.

A 11 h 45, l’ailier droit du chef de section, capitaine ***, abandonne la formation par suite d’une baisse de régime et regagne le terrain de base.

A 12 h 05, la formation arrive sur le terrain de La Fère.

Elle est rejointe à 12 h 10 par deux sections de trois avions de la 38e escadre.

A 12 h 15, quatre sections de trois chasseurs décollent du terrain et rejoignent la formation qui devient la suivante[16].

La formation vole à l’altitude de 900 m. Le plafond, formé de 6 à 8 dixièmes de strato-cumulus, est à 1000 m. Les chasseurs escortent la formation à la même altitude.

Suivant les instructions reçues la formation met le cap sur Poix-Terron ( 15 km sud de Mézières). A partir de là le cap est mis sur Vrigne-sur-Meuse, point où commence la manœuvre d’approche.

II. Marche d’approche

De Vrigne-sur-Meuse, le cap est mis sur le canal fermant au sud la boucle de la Meuse à l’ouest de Sedan. Ce point atteint, un léger virage à droite dirige la formation sur l’agglomération Nord de la ville.

III Engagement

Passée la boucle de la Meuse, la formation est soumise à un tir très violent d’artillerie de petit et moyen calibre. Les coups très bien ajustés sont encadrants. Tous les avions de la 34e escadre sont atteints.

Le bombardement néanmoins s’effectue normalement. Les bombes sont larguées sur la partie de la ville située au nord de la Meuse et sur la route remontant de Sedan à Bouillon. La formation continue en direction de Balan et Bazeilles.

A ce moment l’avion du commandant de Laubier est aperçu tombant en flammes. Trois hommes sont vus sautant en parachute. L’avion a été vraisemblablement atteint par la DCA.

Ayant largué deux salves de bombes de 50 kg, l’une sur la ville et l’autre sur la route précitée, je décide de larguer les deux bombes de 100 kg sur l’agglomération de Bazeilles. Au moment de me pencher par la trappe avant pour observer les coups, j’aperçois à la verticale et au-dessous 1es deux sections de la 38e escadre qui ont abandonné la formation et piquent vers le sol en direction du sud.

L’ailier droit de la section de tête (lieutenant Foucher), atteint par la DCA quitte la formation et se dirige vers le sud.

Dès la sortie de Sedan, la section de deux avions restant de la 34e escadre, se trouvant isolée, est soumise à l’attaque de la chasse ennemie.

IV. Attaque par la chasse ennemie

1° Attaque de l’avion du capitaine Marie
(ailier gauche)

L’avion du capitaine Marie, dont les moteurs ont été atteints, ne peut, malgré les efforts de son pilote tenir sa place dans le vol de groupe. Il se trouve donc rapidement isolé d’autant plus que, les commandes de l’appareil s’étant bloquées, il est en piqué accentué et sa vitesse atteint 300 km/heure.

Le mitrailleur arrière (sergent-chef Teyssier) arrive à décoincer les commandes en se portant à l’arrière de l’appareil. L’avion reprend alors une position normale.

A ce moment un Bf 109 attaque l’avion dans l’axe par l’arrière et en dessous. Le radio (sergent-chef Thévenard) commmence le tir sur lui puis sa mitrailleuse s’enraye. Il est blessé d’une balle dans le mollet. Le chasseur ennemi se place dans l’axe et fusille presque à bout portant (50 m environ).

Quelques instants après un Bf 110 attaque l’avion dans l’axe en arrière et au-dessus.

Le mitrailleur arrière (sergent-chef Teyssier) décharge sur lui un chargeur complet. Mais le chasseur s’étant approché à 50 m, il se trouve bientôt sans munitions. A cette distance, le Bf 110 tire une rafale de petits obus explosifs.

Les flammes commencent à sortir des moteurs, le pilote (adjudant Speich) demande à l’équipage de sauter en parachute. L’évacuation s’effectue dans l’ordre : radio, mitrailleur arrière, mitrailleur avant, commandant d’avion (sur la demande expresse du pilote qui réussit à se dégager à 100 m du sol).

2° Attaque de l’avion du capitaine Véron

L’attaque a été prononcée par un ou deux chasseurs (nombre non précisé) par la gauche (à 90° de l’axe) et à hauteur de l’avion (altitude 1000 m). Le tir des chasseurs a été considérablement gêné par l’attaque de nos propres chasseurs qui les ont pris à partie.

Néanmoins, l’un d’eux a pu tirer une rafale (obus de petit calibre) qui a atteint en trois points le moteur gauche et en plusieurs points l’habitacle pilote et la place du commandant d’avion.

L’avion a pu se dégager en manœuvrant dans les nuages. La commande de direction ayant été sectionnée et un réservoir gauche crevé, l’avion a dû se poser sur le terrain de Bétheniville (près de Reims).

3° Attaque de l’avion du lieutenant Foucher

L’avion du lieutenant Foucher, ayant quitté la formation à la sortie de Sedan et s’étant dirigé vers le sud-ouest, a été pris à partie par un Bf 110 à 10 km sud-ouest de Sedan. L’avion volait au ras du sol. L’attaque a été prononcée par en-dessus et dans l’axe.

L’avion a été atteint en plusieurs points par des balles. Les deux mitrailleurs arrière ayant vidé leurs chargeurs sur l’assaillant, celui-ci a fait demi-tour. L’avion a pu regagner sa base.

V. Conclusion

Les pertes subies par les avions engagés de la 34e escadre se chiffrent à 75 %. Trois équipages sont indemnes. Les membres du quatrième équipage sont soit tués, soit prisonniers en Allemagne.

Les raisons de ces pertes importantes sont :

  1. La très faible vitesse et la faible défense des Amiot 143.
  2. Le manque de coordination dans le commandement de la formation engagée (34e et 38e escadres).
  3. La faiblesse des effectifs de la chasse engagée (12 avions observés) qui n’a de ce fait pas pu acquérir la maîtrise du ciel pendant la durée de l’opération.

Par ailleurs la mission prescrite a été entièrement exécutée, 10 tonnes de bombes environ ayant été larguées par l’ensemble de la formation (34e et 38e escadres) sur les agglomérations nord de la Meuse.

Le Capitaine Véron, Commandant le GB I/34

Complétons cette description par les récits du sergent Ankaoua, mitrailleur arrière dans l’Amiot n° 56 dans lequel est monté le commandant de Laubier.

A Mme de Laubier, le 11 mai 1942[15] :

«  Un peu avant Sedan, nous larguons nos bombes sur les troupes adverses bien en vue. Il est environ 13 heures. Les avions de chasse allemands apparaissent. Tous les mitrailleurs bien en place tirent à leur approche, les obligeant à s’écarter. Mais nous survolons un lieu où la DCA allemande, nombreuse et puissante, forme un tir de barrage efficace. Les traceuses traversent les plans de notre avion, les obus incendiaires filent de toutes parts. Le feu prend au moteur gauche. J’appuie sur le bouton d’alerte. Le commandant de Laubier se retourne, nous fait signe ( « avec un large sourire », précisera plus tard le capitaine Ankaoua) de sauter et il se dirige vers la porte de sortie située un peu en arrière de sa place. Le sergent Gelly vient de sauter de la cuve radio. Le sergent-chef Occis relève un peu l’appareil pour permettre l’évacuation de l’équipage tout en ouvrant le toit de l’habitacle pilote. Le feu fuse à présent de toute part. Je me lance à mon tour de la cuve radio ; mon parachute s’ouvre. L’avion, tel une torche, s’abat rapidement vers le sol. J’aperçois le parachute du sergent Gelly au-dessous du mien. Aucun autre parachute ne s’est ouvert. Le reste de l’équipage, pris dans les flammes, ne peut se dégager à temps.  »

A Mme Vauzelle le 25 février 1942[15] :

«  Lorsque l’avion prit feu, le sergent Gelly, actuellement prisonnier, s’en aperçut le premier. Il vient près de moi. J’appuie sur le bouton d’alarme. Gelly se lance de la place radio, son parachute s’ouvre. Le commandant de Laubier se dirige vers la sortie principale, un peu en arrière de la place de 2e pilote. Le lieutenant Vauzelle va sortir par la trappe avant, et le sergent-chef Occis essaie de soulever l’habitacle supérieur de la place de premier pilote, après avoir redressé l’appareil pour permettre l’évacuation de l’équipage. Je me lance à mon tour de cette même place radio, mon parachute s’ouvre. J’espère bientôt voir d’autres parachutes s’ouvrir mais l’avion tel une torche s’abat rapidement. Le feu a pris avec une telle rapidité qu’il fut impossible au lieutenant Vauzelle, au commandant de Laubier et au sergent-chef Occis de s’en dégager à temps. Gelly et moi n’avons dû notre salut qu’à notre position dans, l’avion : la cuve radio est le seul endroit par où l’on pouvait sauter rapidement. Nous volions à 800 m et c’est en survolant Sedan que les obus incendiaires de la DCA ennemie nous atteignirent. Le feu s’est déclaré d’abord au moteur gauche, puis rapidement au moteur droit. Au moment où je me lançais, on suffoquait déjà dans l’appareil.  »

L’Amiot n° 56 a percuté le plateau surplombant Sedan, à quelques centaines de mètres du pont de bateaux où passent toujours les blindés de Guderian. Les sergents Gelly et Ankaoua, faits prisonniers, obtiennent la permission de se rendre auprès des restes de l’Amiot. Ils retrouvent et enterrent le corps du sergent-chef Occis qui s’est tué en sautant en parachute. Le commandant de Laubier et le lieutenant Vauzelle sont morts dans l’explosion de l’appareil encore chargé de plusieurs bombes. L’entonnoir, longtemps conservé en l’état, est maintenant comblé et une croix, sur laquelle sont inscrits les trois noms, s’élève à cet endroit au lieu dit «  l’Algérie  » ( en souvenir des chasseurs d’Afrique de 1870).

Au mois d’août 1940, le colonel François demandera le grade d’officier de la Légion d’honneur pour le commandant de Laubier (déjà chevalier au titre de 14/18) et celui de chevalier pour le lieutenant Vauzelle[1]. Sans résultat ; le colonel François va bientôt décéder et

«  l’on oubliera vite, comme dit Véron, ces sacrifiés de la première heure qui rappellent une époque peu glorieuse  ».

Conclusion

On sait qu’en février 1940, en dépit de l’avis des généraux, Hitler a modifié le plan initial d’attaque par le Nord (qui répétait les grandes lignes du plan Schlieffen de 1914), pour retenir une idée, considérée comme téméraire par beaucoup, du général von Manstein : faire traverser les Ardennes et passer la Meuse à sept Panzerdivizions afin de prendre à revers et par surprise la meilleure part des armées alliées. L’aviation était, dans ce plan, la clef du succès puisqu’on comptait sur la Luftwaffe pour réduire au silence la puissante artillerie française qui interdisait le passage de la Meuse. Elle était aussi le risque majeur car les forces de bombardement franco-britanniques pouvaient détruire les points de passage par les blindés de cette rivière et donner le temps à l’armée de Terre de revenir de sa surprise. Or, tous les historiens de ces dramatiques journées disent que toute l’aviation de bombardement franco-britannique alla à Sedan pour détruire le pont de bateaux et que ce fut une hétacombe inutile.

Il s’avère :

- que le haut commandement français a bien vu dès le 13 mai au soir qu’il fallait empêcher les chars allemands de passer la Meuse de Sedan et a mobilisé tout le bombardement français (et d’ailleurs britannique) sur cet objectif.

- que 13 GB (169 appareils en théorie) sont disponibles le 14 mai matin et 20 autres vont le devenir incessamment (on dénombrera après l’armistice 300 bombardiers modernes en France et 430, dont 60 en caisse, en Afrique du Nord).

- que 65 de ces 169 bombardiers sont réellements prêts à entrer en action, les 104 autres manquant à l’appel à quelques heures ou détails près.

- que 43 de ces 65 vont partir pour Sedan. Ce n’est pas rien. Malheureusement, il ne leur est pas demandé de détruire le pont de Gaulier mais de bombarder des rassemblements de la Xe Panzer au-delà de la Meuse.

- que 30 bombardiers accomplissent la mission (9 à l’aube, 15 à la mi-journée et 6 à la nuit tombée) ; trois appareils sont abattus (2 Amiot de la 34, 1 LeO de la 12), 5 aviateurs sont tués (de Laubier, Vauzelle, Occis de la 34 ; Hugot et Leroy de la 12) et 4 autres faits prisonniers (Ankaoua et Gelly de la 34 ; Jacquemin et Lebeaupin de la 12).

Si une plus grande part de nos 429 bombardiers étaient allés, protégés par une chasse nombreuse, bombarder le pont de Gaulier les chances de stopper les trois Panzers auraient été très grandes : le haut commandement français, qui venait de comprendre l’erreur stratégique qu’était la manœuvre Dyle, aurait disposé de temps pour la corriger. On mesure le risque pris par Hitler ce jour-là.

Quant au bombardement anglais, le récit repris partout de l’écrivain quasi officiel Peter Ellis est impressionnant : 73 Battle et 36 Blenheim seraient allés bombarder les ponts de Sedan et 45 auraient été abattus. Mais les comptes rendus britanniques que l’on trouve au SHAA à Vincennes font apparaître une grande incohérence de ce côté : confusion de lieu, bombardement de troupes françaises et de ponts en territoire ami, et méconnaissance là aussi du seul objectif valable ce jour-là : le pont de bateaux de Gaulier. C’est un autre point d’histoire à éclaircir.

L’épave

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(*) L’affirmation que les «  ponts du temps de paix  » sur la Meuse à Sedan n’avaient pas été détruits en temps voulu et que les Allemands s’en étaient servis les 13 et 14mai a été faite à la radio par Paul Reynaud. Il le tenait, dit-il dans ses Mémoires, du général Gamelin, puis du général Weygand. Mais une enquête officielle, menée après la bataille par le général Dufieux, établit que tous les ponts avaient bien été détruits par le génie en temps voulu.

(**) La charge héroïque des chasseurs d’Afrique du général Margueritte s’est déroulée sur le plateau de Floing juste au-dessus de Sedan. C’est précisément là que l’Amiot 143 n° 56 du commandant de Laubier va s’écraser le 14 mai 1940 comme nous allons le voir.


[1] Archives du SHAA (château de Vincennes). On y trouve les journaux de marche des 33 groupes de bombardement, à l’exception de celui du I/34.

[2] Général d’Astier de la Vigerie : Le Ciel n’était pas vide.

[3] Historique de la 38e escadre (SHAA).

[4] Lettre de Charette à l’auteur.

[5] Selon le récit de Berben et Iselin : Les Panzers passent la Meuse. R. Laffont, 1967.

[6] Lettre du colonel Véron à l’auteur.

[7] Conversation de l’auteur avec le colonel Malardel, en 1977.

[8] Conversation de l’auteur avec le général Brohon en 1978.

[9] Conversation de l’auteur avec le lieutenant Kastler en 1977.

[10] Texte publié dans le n° 57 de la revue Icare et cité ici avec l’autorisation du colonel Véron.

[11] Conversation de l’auteur avec le général Marie en 1976.

[12] Dossier individuel de Dieudonné de Laubier à Chartres.

[13] Conversation de l’auteur avec le général Grimal en 1977.

[14] Conversation de l’auteur avec le colonel Debrabant en 1978.

[15] Archives de l’auteur.

[16] Voir tableau. Les noms des chefs de bord du I/38 ne figurent pas sur le compte rendu et ont été ajoutés par l’auteur.